Qu’est-ce qu’un Gremlin ? L’origine des monstres de Roald Dahl au film de Joe Dante

Gremlins 1984

Gremlins un film qui pourrait être une capsule temporelle, mais qui passe pourtant les années en ne prenant que très peu de rides. Par contre, en tant que spectateurs, nous vieillissons comprenant toujours plus de quoi il parlait à chaque nouveau visionnage. La satire est qui plus est explicite, étant donné que la mère de Billy Peltzer (Zach Galligan) regarde It’s A Wonderful Life à la télévision au début du film, peu de temps après que Joe Dante nous ai justement montré Billy aller au travail, traversant une ville qui ressemble de près à celle où réside George Bailey (Bedford Falls!) dans le classique de Noël de Frank Capra. Gremlins est d’ailleurs à bien des égards également un film de Noël.

Si vous n’êtes pas familiers avec cette comédie d’horreur de Joe Dante sorti en 1984, cela parle donc de Billy qui reçoit un cadeau surprenant de la part de son père à l’approche des fêtes, une petite créature nommée Gizmo. C’est un Mogwai qu’il a trouvé dans une obscure boutique coincée dans un sous-sol à Chinatown. Gizmo est adorable, mais il vient avec des instructions : il ne doit pas entrer en contact avec de l’eau, doit être tenu éloigné de la lumière vive et, surtout, ne doit pas être nourri après minuit. Bien entendu, toutes ces règles seront brisées et Gizmo va, contre son gré, donner le jour à une armée de « gremlins », des petites créatures vertes et vicieuses qui laissent dans leur sillage chaos et destruction. La petite ville de Kingston Falls n’en sortira pas indemne.

Gremlins est un film qui n’a pas peur d’embrasser les clichés. Bien au contraire, il les amasse pour mieux les exploser. Comme ses créatures diaboliques, il ne fait pas de prisonnier — son ennemi préféré reste tout de même le capitalisme rampant, et ce, sous toutes ses formes, mais aussi l’arrogance bien humaine.

Le terme Gremlin ne vient cependant pas avec le mode d’emploi de Gizmo. Il est tout d’abord prononcé par Murray Futterman (Dick Miller), le voisin de Billy qui peste contre tout ce qui n’est pas Américain. Dans sa bouche, le Gremlin est basiquement un terme raciste. C’est cet ennemi invisible qui vient de l’extérieur pour détruire le système de l’intérieur. L’ironie étant que les Gremlins prennent le contrôle de son véhicule, pur produit américain « Made in Kentucky », et l’utilisent pour l’attaquer. Son cauchemar devient réalité.

Ces petits monstres sont des anarchistes qui ont pour mission de pervertir les symboles d’une Amérique trop fière de sa présupposée suprématie. Leur origine est cependant britannique, puisque Gremlins est un film qui est très (très très) librement inspiré par un récit écrit par Roald Dahl. C’est son premier roman qui a par ailleurs vu le jour dans le but de devenir un film chez Walt Disney Productions — qui ne vit jamais le jour. Dans cette histoire datant de 1943, les Gremlins sont des créatures mythologiques tenues responsables par les pilotes de la Royal Air Force pour les problèmes mécaniques qu’ils rencontraient. Pour l’anecdote, c’est ce qui inspira Richard Matheson dans l’écriture de « Nightmare at 20,000 Feet », un des plus célèbres épisodes de la série The Twilight Zone. Roald Dahl n’avait d’ailleurs pas inventé le concept du Gremlin, il fait réellement partie du folklore de l’aéronautique britannique. L’auteur est simplement celui qui le popularisa.

Sa fonction dans le Gremlins de Joe Dante est assez similaire, sauf que l’avion est devenu une petite ville typique servant de décors à une allégorie sur la société américaine dans son ensemble. Elle est l’avion et les Gremlins incarnent les problèmes découlant d’une arrogance de jeunesse non assumée, mais bien dangereuse — comme l’explicite le véritable propriétaire de Gizmo quand il vient récupérer la gentille créature à la fin du long-métrage. Gizmo était innocent et demandait simplement qu’on soit attentif et respectueux. Billy était trop préoccupé par le chaos de son existence pour être à la hauteur, mais il n’est pas le seul responsable. Tous les habitants de Kingston Falls sont à incriminer. Ils ont tous jouer un rôle dans la catastrophe.

Le film, par contre, est irréprochable, même 36 ans plus tard. Toujours incisif sans son propos, toujours ludique dans sa mise en scène et toujours diablement efficace sans son ensemble.

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