Howard the Duck : La saga d’une star des comics Marvel déraillée par des procès et un créateur revanchard

Howard the duck - Comics Marvel Steve Gerber

Plus que les héros du Marvel Cinematic Universe, Howard the Duck est un personnage dont le passage au cinéma a complètement dominé la conversation. Pourtant, il a bien été créé dans les pages d’un comics, le numéro 19 de Adventure into Fear (Dec. 1973) écrit par Steve Gerber et dessiné par Val Mayerik et décrocha plusieurs séries régulières en solo. Au point de départ, il n’était cependant qu’un personnage secondaire excentrique devant « donner la réplique » au muet Man-Thing (le Swamp Thing de Marvel, mais anecdotique). Originaire d’une réalité parallèle, il se retrouve transporté sur la Terre-616 — réalité régulière de l’univers Marvel — par un démon nommé Thog qui cherchait à unifier les réalités. L’ennemi de ce dernier, Dakimh l’Enchanteur, recruta Howard et ceux qui ont été délocalisés avec lui pour battre Thog.

Cet étranger venant du Duckworld voulait rentrer chez lui, mais l’éditeur du comics, Roy Thomas, détestait le personnage et exigea qu’il soit tué. Les lecteurs n’étaient pas du même avis et cela se manifesta par de nombreux courriers qui demandaient le retour d’Howard. Car pratiquement personne ne meurt dans les comics, il refit surface dans des back-up stories avant d’obtenir sa série régulière. C’est là que la saga de Howard the Duck commence à se compliquer.

Les aventures satiriques de Howard the Duck

Howard the duck #1 (1976) - Comics Marvel Steve GerberNous étions en janvier 1976 quand les premiers numéros de la série Howard the Duck signés par Steve Gerber furent publiés. Errant sur Terre, Howard rencontra l’humaine Beverly Switzler qui lui offrit un toit. Ensemble, ils allaient vivre des aventures allant de la satire sociale à la parodie, en passant par du commentaire méta sur l’industrie du comics. Auteur de plus en plus populaire, Gerber vit son emprise sur le personnage grandir. En plus d’écrire, il se retrouva à occuper le poste d’éditeur sur le titre, mais aussi à scénariser un comic strip mettant en scène le canard qui était publié dans des journaux.

Howard the Duck paraissait destiné à mener une belle et longue existence, mais la Walt Disney Company clama qu’il y avait une violation de copyright en raison de la confusion créée dans les pays étrangers — à cause des traductions — entre Howard et Donald Duck. Pour régler ce prétendu conflit, Disney suggéra que Howard soit dessiné et surtout habillé différemment (il devait maintenant porter un pantalon !). La direction de Marvel n’avait pas d’objections à formuler contre cela, étant peu intéressée par la partie créative du titre. Steve Gerber, par contre, ne voulait pas en entendre parler. Étant éditeur et auteur, il décida de ne pas obtempérer. Au contraire, il écrivit une histoire dans laquelle un ennemi d’Howard tentait de le changer — dans son apparence et au niveau vestimentaire — par la force, mais cela ne fonctionna pas et Howard se retrouva de nouveau sans pantalon.

Quand Steve Gerber commença à prendre du retard dans l’écriture du comic strip, Marvel pris la décision de le lui retirer. En réponse, Gerber intenta un procès à Marvel clamant qu’il était le propriétaire du personnage. Pour la compagnie, poursuivre une collaboration avec un employé qui leur faisait un procès n’avait aucun sens. Le contrat du scénariste fut ainsi rompu. Cela ne marqua pas immédiatement — en mai 1979 — la fin de la série Howard the Duck. Celle-ci continua le temps de 4 numéros supplémentaires signés par Marv Wolfman, Mary Skrenes, Mark Evanier et Bill Mantlo. Après cela, Howard fit rapidement son retour, non plus dans un comic book traditionnel, mais dans un magazine noir et blanc. Le changement de format permettait de s’extirper des contraintes de censures imposées aux comics et ainsi d’explorer du contenu plus adulte. Neuf numéros furent publiés avant l’annulation.

Destroyer Duck à la rescousse

Dans son combat pour tenter d’obtenir légalement la propriété de sa création, Steve Gerber trouva un allié de taille en la personne de Jack Kirby. Le légendaire cartooniste qui a été encore plus mal traité que Gerber par Marvel accepta de dessiner gratuitement un comics afin de lever des fonds pour payer les frais judiciaires. C’est ainsi que Destroyer Duck vit le jour.

Offert exclusivement sur le Direct Market pour un prix de 1,50 $ et distribué par Eclipse Comics, Destroyer Duck introduisait un personnage nommé Duke « Destroyer » Duck dont le seul ami était un canard appelé The Little Guy. Après que celui-ci se retrouva transporté à travers le continuum spatio-temporel, il tomba dans les griffes de la GODcorp. Le pauvre Little Guy se fit totalement exploiter par la GODcorp qui extirpa littéralement de son corps tout ce qui pouvait en être tiré. Il put tout juste rentrer chez lui pour mourir au pied de Destroyer Duck qui se lança alors dans une quête de vengeance.

Destroyer Duck était ouvertement anti-capitaliste, s’imposant comme une critique de l’ère Reagan et, bien entendu, de Marvel. La vente de cet unique numéro permit de payer plus de 20 % des frais d’avocats de Gerber. En septembre 1982, l’affaire fut néanmoins réglée sans passer devant un juge. Gerber reconnut publiquement qu’il ne détenait pas les droits du personnage et, en échange, Marvel lui offrit de nouveau du travail, dont l’opportunité de contribuer à l’écriture du scénario du long métrage Howard the Duck en développement chez Universal Studios avec George Lucas à la production. Pour Gerber, cette solution était la meilleure, car s’il perdait son procès, il y aurait eu un précédent légal empêchant d’autres auteurs d’intenter des actions en justice comme la sienne par la suite. Quelques années plus tard, ce fut au tour de Mark Wolfman de faire un procès à Marvel pour obtenir le crédit de créateur et des royalties pour le personnage de Blade lors de la sortie du film. Pour lui, cela se termina avec un jugement, il ne sortit pas gagnant.

Tout étant réglé, Marvel offrit à Steve Gerber la possibilité d’écrire de nouveau une série Howard the Duck, mais cela fut rapidement abandonné. L’histoire que le scénariste proposa à son éditeur fut massivement changée, car elle se moquait du travail qui avait été fait sur le personnage après son départ. Dans l’incapacité de contrôler ses écrits, Gerber se retira du projet.

La vengeance venue d’Image

Savage Dragon Destroyer Duck - Comics Marvel Steve GerberHoward devint pendant des années un second couteau, guest star occasionnelle emmenant sa mauvaise humeur d’une série à une autre. Steve Gerber put ainsi le ramener dans cette capacité le temps d’une storyline de The Sensational She-Hulk, une série qu’il avait reprise après le court run de John Byrne sur le titre. Marvel ne fit aucune promotion autour de cette réunion entre l’auteur et sa plus célèbre création.

Cela fut une autre histoire quand Gerber fut contacté en 1996 pour écrire un numéro de Spider-man Team-Up qui voyait Spider-man, Gambit et Howard faire équipe. L’éditeur Tom Brevoort n’arrivait pas à trouver un scénariste enclin à s’attaquer au personnage. Ceux qui se sont vus offrir l’opportunité de l’écrire pensaient que Gerber devrait se charger du projet. Brevoort suivit leur conseil et proposa donc le travail à Gerber qui l’accepta. Il avait même une idée pour rendre ce numéro encore plus exceptionnel, il voulait en faire un crossover non officiel avec Destroyer Duck à l’aide d’un one-shot publié chez Image Comics mettant en scène Destroyer et Savage Dragon. Brevoort était naturellement hésitant, mais Gerber lui assura que la partie de l’aventure publiée chez Image ne lui créerait pas d’ennui. Néanmoins, l’auteur n’appréciait pas le fait qu’Howard devait apparaître dans d’autres séries — comme Generation X et Ghost Rider — sur lesquelles il n’était pas invité à écrire et planifia alors une vengeance bien particulière.

Dans l’histoire présentée dans Spider-man Team-Up #5, Howard se retrouve entouré par des clones. Le mois suivant, dans Destroyer Duck/Savage Dragon, on découvrait que Destroyer Duck était intervenu pour l’extirper de là. Un peu plus tard, dans un numéro de Savage Dragon, il fut même révélé qu’Howard avait été placé dans un programme de protection des témoins qui réunissaient d’autres personnages créés par Steve Gerber. Howard The Duck était à l’abri, loin de Marvel.

Bien entendu, Howard The Duck resta officiellement chez Marvel, mais il était aux yeux de tous les fans un des clones, un imposteur. Brevoort ne travailla plus jamais avec Steve Gerber après cela.

Howard The Duck to the Max

Six ans plus tard, Marvel finit par faire la paix avec Steve Gerber, lui offrant la possibilité d’écrire une mini-série Howard The Duck dans le label Max (pour un public adulte). On y retrouva son approche satirique, Gerber s’attaquant pour l’occasion à la ligne de comics Vertigo. À la fin, Howard rencontrait Dieu et discutait avec lui de ce que cela signifiait d’être une création.

En 2008, Steve Gerber décéda. Cette mini-série marqua donc ses adieux au canard. Marvel finit par relancer une série régulière Howard The Duck après que le personnage ait fait un caméo dans les films de la franchise Guardians of the Galaxy. Bien entendu, étant donné que Disney est à présent au contrôle, Howard porte toujours son pantalon.

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