Les Hommes du Président : Un ôde au journalisme d’antan avec une touche de paranoïa

Les Hommes du Présidents (1976) avec Robert Redford et Dustin Hoffman

Qui aurait pensé en juin 1972 qu’une tentative de cambriolage dans les locaux du Parti démocrate dans l’immeuble du Watergate serait le début d’une longue série d’articles qui mèneraient à la démission du Président des États-Unis. Certainement pas Richard Nixon et encore moins Bob Woodward, journaliste travaillant pour le Washington Post depuis seulement 9 mois qui doit couvrir cette étrange affaire. C’est pourtant une des histoires les plus connues du siècle dernier et c’est pour cela qu’il est encore possible d’apprécier aujourd’hui ce que [easyazon_link identifier=”B01CT957FC” locale=”FR” tag=”cinematicpanic-21″]Les Hommes du Président[/easyazon_link] (All the President’s Men – 1976) réalisé par Alan J. Pakula nous raconte.

La réputation du film ne s’est pas faite sur ce qu’il dit de l’affaire du Watergate ou de la chute de Nixon, mais sur ce qu’il montre de la profession de journaliste. Bob Woodward et Carl Bernstein (interprétés respectivement par Robert Redford et Dustin Hoffman) ont écrit le livre sur lequel William Goldman s’est appuyé pour son scénario. Il a donné le jour à un thriller dont on connait la conclusion, mais cela n’empêcha pas Pakula de créer le suspense là où l’ennui aurait dû se trouver.

Les Hommes du Président suit Bernstein et Woodward alors qu’ils téléphonent, trouvent des listes de noms, se font fermer la porte au nez par des témoins trop effrayés pour parler, passent du temps à la bibliothèque ou attendent qu’on veuille bien les recevoir. Pas étonnant que les scènes où Woodward rencontre le mystérieux « Gorge Profonde », son informateur anonyme (jusqu’au début des années 2000), soient les plus tendues. Il avance dans un parking sous-terrain au milieu de la nuit, ne sachant jamais s’il a été suivi ou non. La paranoïa n’a jamais aussi palpable qu’au moment où le journaliste sort en courant du parking presque trop apeuré pour regarder derrière lui et découvrir qu’il n’y a personne.

Les innombrables conversations téléphoniques font également naître des sentiments surprenants, en particulier quand un interlocuteur laisse glisser par inadvertance un indice qui pourrait ne mener à rien. La perspective que cela soit la clé de tout le mystère est ce qui devient enivrant.

Les Hommes du Président est autant un morceau d’Histoire explicitant combien la ténacité de deux journalistes a été le début de la chute de Nixon qu’il est un témoignage sur une époque révolue de la profession journalistique. Qui a encore les moyens de payer des reporters pour suivre une histoire aussi longtemps, une histoire dans laquelle si peu de personnes ne croyaient ?

C’est pourtant ce qui fait que le film est toujours pertinent malgré les années qui se sont écoulées depuis l’affaire du Watergate. C’est ce qui donne de la pertinence l’aspect presque trop procédurier du scénario. Ça et la propension d’Alan J. Pakula à isoler ses personnages quand ils sont seuls dans une allée sombre ou au milieu d’un bureau débordant d’activité. On sait qu’ils s’en sortiront très bien, mais on nous force à surveiller les moindres détails par peur d’être pris au dépourvu. Comme Woodward et Bernstein, on sent que les réponses sont proches, mais on ignore où on finira par les trouver. La paranoïa règne.

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